La Fayette, symbole persistant de l’amitié franco-américaine

Message de condoléances adressé par le Président et le Congrès des Etats-Unis d’Amérique à la famille du général La Fayette, signé par le Président Andrew Jackson, 1834.
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Le décès de la Fayette fut annoncé alors que la France et les Etats-Unis traversaient une grave crise diplomatique. Le gouvernement français reprochait aux Etats-Unis de ne pas lui payer les dettes accumulées pendant la guerre d’indépendance. De leur côté, les Américains estimaient que Paris ne faisait rien pour empêcher les corsaires français d’attaquer leurs navires de marchandises. La tension était telle que Jackson devait menacer de saisir les biens français aux Etats-Unis ! Il n’est donc pas surprenant que, dans cette lettre, les seuls propos chaleureux soient pour le général défunt. Comme le dit l’historien Brian N. Morton, « l’Amérique devait satisfaire sa dette envers la France en glorifiant un seul homme ».

Berenice Abbott, “Lafayette Park, Washington, D.C.”, ca. 1900.
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Cette statue de La Fayette, oeuvre des Français Falguière et Mercier, fut érigée en 1891 dans la capitale des Etats-Unis. Autour du piédestal sont rassemblés quatre autre figures de la guerre d’indépendance: les amiraux de Grasse et d’Estaing, le général Rochambeau, et l’ingénieur militaire Louis Duportail.

George Meyer et Howard Johnson, "Just like Washington..." Partition musicale patriotique, 1918.
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En avril 1917, les Etats-Unis entrèrent en guerre en guerre au côté de la France. Toutefois, il fallut attendre le mois d’octobre pour que soient déployés sur le sol français 200 000 “Tommies”, renforcés par 100 000 nouveaux soldats chaque mois. Entre temps, le général Pershing et ses adjoints “occupèrent le terrain” à coup de rhétorique. La plus célèbre trouvaille fut le « Lafayette, nous voila !” prononcé par le colonel Stanton sur la tombe de La Fayette, le 4 juillet (fête nationale américaine). Par ailleurs, un « Comité La Fayette » fut mis en place à New York à l’initiative de grandes familles de philanthropes comme les Astors et les Huntingtons. Il expédia près de 150 000 “kits La Fayette” (contenant une paire de chaussettes chaudes, un poncho, et du matériel d’écriture) aux « poilus », en signe de reconnaissance pour l’aide décisive apportée autrefois par la France aux États-Unis.

« Souvenir de France », 1918.
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Ce mouchoir orné des portraits de La Fayette, Washington, Woodrow Wilson, et d'une Statue de la Liberté, rappelle combien la relation franco-américaine était au beau fixe après la victoire sur l'Allemagne (1918). Comme le rappelle l'historien Philippe Roger, Wilson était particulièrement populaire lorsqu'il arriva à Versailles pour la Conférence de Paix, avec dans ses bagages un projet de Société des nations. Toutefois, ses efforts pour modérer les ambitions territoriales des vainqueurs et atténuer l'humiliation des vaincus fut très vite considérée par une large partie de l'opinion publique française comme nuisant aux « intérêts vitaux de la patrie ». En outre, l'accent mis sur les dettes de guerre contractées vis-à-vis des Etats-Unis en irrita plus d'un. Clemenceau, « le Tigre », rugit : « Quand le colonel Stanton arriva pour combattre et courut au cimetière de Picpus s'écrier d'une parole retentissante : « La Fayette, nous voila », c'était une épée qu'il faisait briller au soleil - non des états de paiement ! » (dans Grandeurs et misères d'une victoire, son dernier livre non posthume, 1929).

Brochure publicitaire pour le paquebot transatlantique « Lafayette », circa 1930.
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Le La Fayette était l'un des plus gros navires de voyageurs français. Lorsqu'il jeta l'ancre dans le port de New York en mai 1930, six cent enfants des écoles de la ville étaient rassemblés pour l'accueillir. Un bal costumé sur le thème du « XVIIIe siècle » fut organisé à bord du paquebot, avec le marquis Jacques de Dampierre (1874-1947), chartiste, diplomate, propagandiste en 1914-18, et surtout descendant de La Fayette, en maître des cérémonies.

Médaille frappée à l’occasion du centième anniversaire de la mort de La Fayette, mai 1934.
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De nombreuses célébrations eurent lieu aux Etats-Unis. Devant le Congrès, Franklin D. Roosevelt évoqua « celui dont nous chérissons la mémoire plus que celle d'aucun autre étranger ». Quand au New York Times, il consacra deux pleines pages à l'événement, saluant en La Fayette « le type du parfait révolutionnaire », ajoutant : « On peut certes lui préférer Lénine, plus moderne. Mais La Fayette inspire davantage de sympathie » !

La Victoire : Journal Français d'Amérique. New York, 3 mars 1945.
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La Victoire était un journal de la Résistance française à l'étranger qui couvrait l'actualité internationale pour le lectorat francophone aux États-Unis. Ses fondateurs étaient Geneviève Tabouis, nièce d'un ambassadeur de France à Washington et amie personnelle d'Eleanor Roosevelt, et le journaliste antimunichois Henri de Kérillis. L'édition du 3 mars 1945 reporte de nouvelles tensions entre Roosevelt et le général de Gaulle (colonne de gauche). Dans la colonne de droite, l'académicien André Maurois, figure respectée de la communauté d'exilés français à New York, rappelle opportunément l'alliance franco-américaine du temps de Washington et La Fayette (dont il devint le biographe avec Adrienne, 1961).

Lettre du Président Dwight D. Eisenhower citant Lafayette et Washington comme symboles du "lien d'amitié indéfectible entre nos deux pays", 9 août 1957.
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Nouvelle acquisition rendue possible par la générosité de M. Stanley Cohen, en 2008.

Les Forces FranÁaises Libres (FFL) jouèrent un rôle important dans la libération de l'Europe. Apres la guerre, un groupe de vétérans tint a honorer une nouvelle fois l'ancien commandant des forces alliées en Europe, devenu entre temps président des Etats-Unis d'Amérique.

Nicolas Sarkozy. Témoignage. Traduit en anglais par Philip H. Gordon. New York, Panthéon Books, 2007.
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En mai 2007, peut-être en partie à cause du « pro-américanisme » exprimé dans Témoignage, les médias aux États-Unis ont très bien accueilli l'élection de Nicolas Sarkozy à l'élection présidentielle. Depuis, La Fayette est redevenu un élément central d'un dispositif rhétorique visant à adoucir les différences et les rancoeurs entre les deux pays. En août 2007, lors d'une conférence de presse commune avec George W. Bush, le président français, tout en réitérant son opposition à « la guerre en Irak », a qualifié les liens d'amitié entre les deux pays d'indissolubles, et cité de nouveau La Fayette, dont il venait de lire une biographie. De son côté, le sénateur républicain John McCain a estimé que Sarkozy était « le plus américanophile des Français depuis La Fayette »...

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